dimanche 18 mars 2018

Japji Sahib



Granth Sahib
Le Livre guru des sikhs
Japji Sahib

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Prologue

Il est l'éternel, l'unique, le tout-puissant, son Nom est Vérité. Il est le créateur de chaque chose, sans peur, sans inimitié, immortel, non-né, existant par Lui-même. C'est par la seule aide du Guru que l'on peut le réaliser.

Restez en son Nom*.

Vrai, il l'était au commencement, vrai, Il l'était à travers les âges, vrai, Il est maintenant, vrai, Il le sera toujours et à jamais.

* Rester en son Nom signifie garder sa conscience dans le Saint-Nom ou Verbe, c'est à dire pratiquer aussi souvent et aussi longtemps que possible la technique de méditation dite « du-Saint-Nom » tout au long de la journée. (une des quatre techniques révélées sur La Voie).


1.
En réfléchissant sur sa nature, on ne peut le concevoir, même si l'on s'y essaie pendant des siècles.

En s'abstenant de toute parole, on ne peut l'atteindre, même si l'on reste muet pendant des siècles.

Même si l'on possédait tout les biens de ce monde, on ne pourrait apaiser cette faim de lui.
On peut posséder l'esprit le plus sincère qui soit, cela ne pourra aider à l'atteindre. 
 
Comment est-il donc possible de le trouver, comment atteindre la Vérité, dissiper le voile de l'illusion ? En obéissant à son dessein, comme il l'a prévu.


2.
Toutes les créatures sont l'expression de son dessein, mais son dessein est au-delà de toute description.

Par son dessein, il leur donne la vie, par son dessein les hommes atteignent la réalisation. Par son dessein les uns sont proches, les autres sont loin, par son dessein, ils obtiennent leur joies et leurs peines.

Par son dessein les dévots gagnent leur salut*, par sa volonté, les incorrigibles se perdent de vie en vie.

Tous sont soumis à son dessein suprême, rien n'est hors de la sphère de son dessin. Celui qui réalise que tout est son dessein, ne peut plus nourrir son culte du moi.


3.
Certains chantent sa grandeur, mais qui peut l'atteindre ? Certains louent sa générosité, la prenant pour preuve de son existence. Nombreux sont ceux qui chantent sa perfection et ses vertus.

D'autres le proclament incompréhensible.

Certains chantent qu'Il crée nos corps, puis qu'Il les réduit en poussière. Certains chantent qu'Il nous ôte la vie, et nous la rend encore. Certains chantent qu'Il est distant. D'autres qu'Il est présent en toute présence.

Il n'est pas de fin à sa description. Innombrables sont ceux qui ont essayé de le décrire sans réussir à le cerner.

Infatigable, Il déverse ses bontés, alors même qu'on se lasse de les recevoir. A chaque âge, Il n'a cessé de donner, et l'homme n'a cessé de recevoir.

Son dessein dirige le monde, mais c'est libre de soucis qu'il s'en acquitte.


4.
Le Seigneur est vrai, et vrai est son Verbe Saint. Celui qui est vrai écoute son Nom* qui se répète avec un amour infini.

Les hommes le prient pour recevoir ses dons qu'il distribue sans jamais se lasser.

Que lui offrir pour être admis près de lui ? Que chanter pour obtenir sa Grâce ?

A l'heure « ambrosiale*** » des premières lueurs de l'aurore, communiez avec son Verbe Saint et méditez sur sa gloire.

Grâce aux actes justes**, la vie humaine nous est accordée. Mais c'est par sa Grâce que l'on obtient le salut.

Reconnais en toute chose l'immanence de celui qui est Vrai.

* Écouter son Nom c'est pratiquer la technique dite du « Saint-Nom », révélée, avec trois autres, sur La Voie. Le Nom qui se répète est le Saint-Nom ou Verbe. Il est révélé aux aspirants à La Voie.
* *Un acte juste est un acte fait depuis le bon état de conscience, le Tao-Te-King parle du « non-agir », le « chant dubienheureux » (Bhagavad-Gîtâ) parle du service de Dévotion ou dans l'Unité. Sur La Voie nous parlons de « Service ».
*** Se référant à l'ambroisie ou Nectar. C'est le petit matin.


5.
Il ne peut être ni manifesté, ni créé. Pur, il est complet par lui-même. Quiconque le sert est honoré. Chantons-le, lui, la source de tous les trésors.

Chantez ses louanges et gardez son amour dans vos cœurs. Ainsi toutes les peines disparaîtront et la joie s'installera en vous.

De la bouche du Guru sort la Vérité et la Connaissance. De la bouche du Guru jaillit l'esprit de Dieu.

Le Guru est créateur, protecteur et destructeur. Même si on le connaissait, il n'y aurait pas de mots pour le décrire. Le Guru m'a bien appris une chose : unique est celui qui veille sur tous les êtres; puissé-je ne jamais l'oublier.


6.
Si je parviens seulement à lui plaire, c'est autant de pèlerinages accomplis. Si je n'y parviens pas, tous les rites et efforts sont vains.

De toute sa création visible, qui n'a jamais obtenu quoi que ce soit sans avoir accompli de bonnes actions ?

Des richesses spirituelles incalculables vont apparaître, si l'on se contente seulement de respecter les enseignements du Guru. Le Guru m'a bien appris une chose : unique est celui qui veille sur tous les êtres, puissé-je ne jamais l'oublier.


7.
S'il était possible à quelqu'un de vivre pendant les quatre Yugas et même dix fois plus, si sa réputation s'étendait sur les neuf continents et si tout le monde lui obéissait et le suivait, si son nom était honoré et ses louanges entendues partout de par le monde, s'il venait à perdre la Grâce de Dieu, personne de s'occuperait plus de lui. 
 
Il serait considéré comme un ver parmi les vers, et même les pécheurs le couvriraient de blâmes.

Dieu confère des vertus à ceux qui n'en ont pas et augmente le lot de ceux qui en ont déjà, mais il n'y a personne qui puisse lui en conférer aucune.


8.
En communiant avec le Verbe, on devient un parfait yogi, un maître, un seigneur. On comprend les secrets de la terre, du taureau* et des cieux.

En communiant avec le Verbe, on découvre les régions terrestres, les plans divins et les mondes inférieurs et on se libère des tourments de la mort.

Ses adorateurs sont toujours en extase, car en communiant avec le Verbe**, souffrances et péchés sont détruits.

* Le taureau est un symbole important, il représente Nandi, la monture de shiva et son portier et il représente aussi le dharma qui soutient le monde.
** Communier avec le Verbe c'est méditer sur le Verbe ou Saint-Nom par une technique appropriée, la technique dite du Saint-Nom. 
 

9.
En communiant avec le Verbe, on devient comme Shiva, Brahma et Indra*.

En communiant avec le Verbe, même les êtres malfaisants chantent ses louanges.

En communiant avec le Verbe, on obtient l'union qui dévoile les secrets de l'existence, et les enseignements révélés de la Connaissance**.

Ses adorateurs sont toujours en extase, car en communiant avec le Verbe, souffrances et péchés sont détruits.

* Indra est le premiers des huit Vashous (Dieux hindouistes), juste sous Brahma. Il est celui qui surveille attentivement les saints et les pénitents et, jaloux de leurs mérites, il fait tout pour leur faire perdre les fruits de ces mérites.

** La Connaissance non-apprise, celle qui vient de l'initiation et de la pratique assidue.


10.
Communier avec le Verbe permet d'obtenir la Vérité, le contentement, la Connaissance et équivaut à se baigner aux soixante-huit lieux de pèlerinage.

En communiant avec le Verbe, on accroît sa dignité et l'esprit reste fermement établi dans sa méditation sur Dieu.

Ses adorateurs sont toujours en extase, car en communiant avec le Verbe, souffrances et péchés sont détruits.


11.
En communiant avec le Verbe, on s'immerge dans un océan de vertus et l'on a la Connaissance.

En communiant avec le Verbe, même les aveugles spirituels trouvent leur chemin. En communiant avec le Verbe, on obtient l'Infini.
 
Ses adorateurs sont toujours en extase, car en communiant avec le verbe, souffrances et ignorances disparaissent.


12.
Celui qui obéit à sa volonté propre* ne possède nulle vertu et à coup sûr s'en repent. Ni le papier, ni le crayon, ni le scribe ne pourront jamais décrire cette condition.

Si immense est le pouvoir du Verbe, que quiconque s'y soumet réalise la plus haute extase**.

* Le faux-ego
** Le nirvikalpa-samadhi


13.
En s'y soumettant on obtient la conscience universelle, ainsi que la conscience de toutes les sphères d'existence. En s'y soumettant, on s'affranchit de la souffrance. En s'y soumettant, on se libère de l'emprise de la mort.

Si immense est le pouvoir du Verbe, que quiconque s'y soumet réalise la plus haute extase.


14.
En s'y soumettant, on suit son chemin sans faillir. En s'y soumettant, on quitte ce monde en apothéose. En s'y soumettant, on ne s'enlise pas dans les voies mondaines. En s'y soumettant, on arrive à établir un contact étroit avec la Vérité.

Si immense est le pouvoir du Verbe, que quiconque s'y soumet réalise la plus haute extase.


15.
En s'y soumettant, on atteint finalement la Libération.

En s'y soumettant, on libère aussi tout son entourage. En s'y soumettant, on se libère soi-même et on en libère bien d'autres encore. En s'y soumettant, on échappe à la roue des incarnations.

Si immense est le pouvoir du Verbe, que quiconque s'y soumet réalise la plus haute extase.


16.
Le saint* est accepté et obtient les faveurs de Dieu. Il est l'ornement de son seuil.

Le saint est respecté même par les rois. Son esprit est concentré sur le Verbe unique.

Quoi que l'on puisse dire ou penser profondément, les œuvres du Créateur sont au-delà de toute compréhension.

Le taureau mythique, né de la compassion est le Dharma**, qui soutient harmonieusement et patiemment le monde. Quiconque réalise cela connaît la Vérité.

Quel poids écrasant ce taureau doit-il porter ! Il existe des mondes et des mondes, en-dessus et au-dessous. Quel est le pouvoir qui les supporte tous ?

Nombreuses sont les espèces, les couleurs et les créatures aux noms divers. Toutes sont écrites par la plume du Créateur. Qui peut recenser l'immensité de sa création, et combien longue serait la liste si quelqu'un y était parvenu ?

Que son pouvoir est grand, que son travail est beau, personne ne peut évaluer ô combien merveilleux sont ses cadeaux. 
 
Par le Verbe l'Univers vint à l'existence, et des milliers de rivières porteuses de vie ont commencé à couler.

Quelle capacité ai-je de te décrire, Seigneur, créateur de tout ? Je suis trop pauvre, même, pour te faire l'offrande de ma vie.

Tout ce qui te plaît, c'est l'action juste***. Tu es immortel, ô toi l'Unique sans forme.

* Saint : il ne s'agit pas des saints chrétiens, mais de siddhis ou yogis parfaits, de dévots, d'êtres réalisés par l'Observance assidue de leur Sadhàna.
** Taureau mythique, dharma, Nandi aussi, la monture et le portier de Shiva. Selon les hindouistes et les sikhs le monde et le ciel sont soutenus, portés par un taureau qui symbolise le dharma. Ce mot, dharma, a plusieurs significations, ici il veut dire « loi naturelle ». Le mot sanskrit signifie « porter, soutenir »
*** L'action juste est celle qui est faite en conscience du Verbe et sans attendre de fruits en retour. C'est le Service, pour La Voie, le Service de dévotion, pour le chant du bienheureux (Bhagavad-Gîtâ) et le non-agir du Tao-Te-King
 

17.
Innombrables sont les prières, et innombrables les voies d'adoration. Innombrables sont les cultes et innombrables les ascèses et pénitences.

Innombrables les écritures Saintes, et innombrables ceux qui récitent les Védas de mémoire ! Innombrables les Yogis dont l'esprit reste détaché du monde.

Innombrables sont les saints qui chantent ta grandeur et ta sagesse.

Innombrables ceux qui pratiquent la Vérité et la charité.

Innombrables sont les héros qui bravent courageusement l'acier de leurs ennemis. Innombrables tes dévots qui te contemplent en méditation silencieuse.

Quelle capacité ai-je de te décrire ? Je suis trop pauvre, même, pour te faire l'offrande de ma vie.

Tout ce qui te plaît, c'est l'action juste*. Tu es immortel, ô Toi l'Unique sans forme.

* L'action juste est l'action faite en conscience du Verbe (sur La voie : Saint-Nom), le « Tao-Te-King » parle de non-agir, le « chant du bienheureux » de Service dans l'Unité ou Service de dévotion.


18.
Innombrables sont les sots, les ignorants et les aveugles spirituels. Innombrables les voleurs, les malhonnêtes, prospérant sur des biens mal acquis.

Innombrables ceux qui exercent la tyrannie et l'oppression. Innombrables les coupeurs de gorges qui pratiquent leurs crimes haineux. Innombrables ceux qui se prélassent toute leur vie dans la faute.

Innombrables les menteurs qui pratiquent la fraude et la fausseté. Innombrables les ignobles qui consomment l'ordure comme nourriture. Innombrables les calomniateurs, portant sur leur tête le fardeau de leur calomnie.

Nanak, le plus humble des humbles a dit : « Je suis trop pauvre, même, pour te faire l'offrande de ma vie. Tout ce qui te plaît, c'est l'action juste. Tu est immortel, ô toi l'Unique sans forme. »


19.
Innombrables sont tes Noms, et innombrables tes demeures. Au-delà de toute atteinte sont tes innombrables Royaumes. Même le mot innombrable ne parvient pas à te décrire.

Par les mots nous te nommons et te louons, et par les mots nous parvenons à te connaître et à chanter tes hymnes.

Par les mots nous parlons et écrivons sur toi. Par les mots, la destinée s'inscrit sur notre front. Mais celui qui écrit est au-delà de notre portée. Comme il ordonne, ainsi nous recevons.

Aussi grande est sa création, aussi grand est son Verbe. Il n'est pas d'endroit où son Verbe ne soit.

Quelle capacité ai-je de te décrire ? Je suis trop pauvre, même, pour te faire l'offrande de ma vie.

Tout ce qui te plaît, c'est l'action juste. Tu es immortel, ô Toi l'Unique sans forme.


20.
Lorsque les mains, les pieds, ou les autres parties du corps sont sales, on peut les laver avec de l'eau. Lorsque les habits sont tachés, on peut les laver avec du savon.

De même, lorsque l'esprit est pollué par les fautes, il ne peut être purifié que par la communion avec le Verbe*.

On ne devient pas un pécheur en ne prononçant que de simples mots, mais on emporte avec soi les conséquences de ses actes**, où que l'on aille. On récolte ce que l'on sème.
Les hommes vont et viennent, transmigrant selon sa volonté.

* La méditation sur le Saint-Nom (Verbe). Il existe une technique de méditation particulière pour pratiquer cette « communion avec le Verbe ».
** Le karma.

21.
Les pèlerinages, les pénitences, la pitié et la charité apportent du mérite, mais bien peu. En entendant, en aimant et en communiant avec le Verbe, on se baigne à la fontaine sacrée intérieure*.

Toutes les vertus sont tiennes, ô Seigneur, je n'en possède aucune.

Sans purifier nos pensées et nos actes, on ne peut se dévouer à ton service.

De toi sort le Verbe, Tu es l'illusion et la réalité. Tu es Vérité, Grâce et empli de joie éternelle. Quelle était l'époque, à quel moment, quelle était la semaine et quel était le jour, quelle était la saison, quel était le mois, lorsque cette création vint à l'existence ?

Les savants n'ont pu le découvrir, autrement ils l'auraient mentionné dans les encyclopédies. Les commissions de sages n'ont pu le déterminer, autrement ils l'auraient inscrit dans le Coran. Les yogis non plus ne connaissent pas la date, personne ne sait ni la saison ni le mois.

Le Créateur manifesta l'Univers, Lui seul connaît les secrets de sa création.

Comment m'adresser à toi, te louer ? Comment te décrire, te connaître ?

Pourtant, tout le monde parle de toi, Seigneur, chacun essayant d'être plus savant que l'autre.

Grand est le Seigneur, et grand est son Verbe, tout ce qu'il ordonne arrive immanquablement.

Celui qui se considère de lui-même comme étant grand, ne sera pas distingué dans la vie de l'au-delà.

* Cette fontaine sacrée intérieure coule depuis la « caverne du crâne » ou « voûte éthérée ». Cette fontaine est celle du Nectar. Pour y goûter il faut pratiquer la technique dite « Khechari-mudra » ou « Sceau de l'oiseau ». C'est une des quatre technique de La Voie.


22.
Par millions se comptent les plans inférieurs et par millions les mondes célestes. Nombreux sont ceux qui se sont épuisés à chercher leurs limites.

Les Védas disent la même chose. Les livres musulmans parlent de dix-huit mille mondes, mais expliquent que c'est le même pouvoir qui les supporte tous.

Si l'on pouvait le définir, on l'énumérerait par écrit, mais l'écrivain décéderait laissant l'énumération inachevée.

Disons que Dieu est grand, ô combien il est grand, lui seul peut le dire.


23.
Ses adorateurs le louent, mais n'atteignent cependant jamais sa grandeur, de même que les fleuves et les rivières se jettent dans l'océan, sans en connaître la profondeur.

Même les rois et les empereurs d'une extrême puissance, possédant des montagnes de richesses et de pays ne peuvent se comparer à une fourmi dont le cœur serait empli d'amour pour Dieu.


24.
Infinies sont ses louanges, et infinies les façons de les chanter. Infinies sont ses œuvres, infinis ses dons. Infinie sa puissance et infinie sa profondeur. Infinie est sa création et infinies Ses limites. Infinie la recherche constante des hommes à en connaître les extrémités, mais ses limites ne peuvent être perçues.

Personne n'a jamais connu ses limites, plus on en parle, plus il reste à en dire.

Grand est le Seigneur, et élevée est sa demeure. Mais encore plus grand est son Verbe Saint.

Ce n'est qu'en s'élevant jusqu'à lui que l'on peut percevoir sa splendeur. Sa grandeur n'est connue que de lui seul, et ce n'est que par sa Grâce que l'on peut s'élever jusqu'à Lui.


25.
Sa bienveillance est au-delà de toute description. Il est le grand donneur, sans rien attendre en retour. Nombreux sont les guerriers, mendiant à sa porte et encore plus nombreux les autres restant à venir.

Nombreux sont ceux qui ruinent leur vie en péchés. Nombreux, ceux qui reçoivent ses dons, et, en en jouissant pleinement, délaissent leur bienfaiteur.

Nombreux ceux qui endurent la détresse et la privation, mais ce sont là aussi tes dons, ô Seigneur.

C'est par ta volonté que l'on est libéré de nos liens, et personne n'est en mesure de discuter tes décisions. Si un homme osait s'interposer, il réaliserait son erreur par la souffrance qu'il rencontrerait.

Nos besoins sont connus de lui seul, et lui seul les satisfait, mais bien rares sont ceux qui le reconnaissent.

Celui à qui il a donné le don de chanter ses louanges*, celui-là devient le roi des rois.

* Le Satsang (un des trois piliers de La Voie) peut-être considéré comme le fait de chanter ses louanges ainsi que les « hymnes », tel Aarti et autres chants dévotionnels.


26.
Inestimables sont ses pouvoirs, inestimable est leur fréquentation, inestimables ses propagateurs, inestimables ses dons.

Inestimables ceux qui viennent à lui, inestimable est ce qu'ils obtiennent. Inestimable est son amour, inestimables ceux qui s'y perdent*.

Inestimable est sa loi, inestimable est sa cour. Inestimables les balances de sa justice, inestimable leur mesure. Inestimables sont ses dons, inestimables ses commandements.

Inestimable, ô combien inestimable, cela ne peut être dit. Ses adorateurs, en chantant ses louanges, se sont noyés dans son amour.

Les Védas et les Puranas** parlent de Lui. Les savants discutent à son sujet. Brahma et Indra*** chantent Ses louanges, ainsi que Krishna et ses dévotes.

Shiva et les siddhas**** le chantent aussi, ainsi que les nombreux bouddhas qu'il a créés.
Les démons et les dieux, tous chantent ses louanges, de même que les demi-dieux, les hommes, les sages et les dévots.

Innombrables ceux qui parlent de Lui, et innombrables ceux qui sont sur le point de le faire. Encore plus nombreux ceux qui sont morts en train de chanter sa gloire.

Même en créant encore plus d'êtres qu'il a déjà créés, personne ne sera capable de mieux l'exprimer. Le Seigneur peut être aussi grand qu'Il lui plaît. Sa grandeur n'est connue que de lui seul.

Si un homme prétendait pouvoir le connaître, il serait le plus sot parmi les sots.

* Pour s'y retrouver.
** Puranas, sortes d'encyclopédies.
*** Brahma est le Dieu créateur et Indra serait le Roi des Dieux, dans la mythologie polythéiste hindouiste.
****Siddhas, yogis réalisés. 
 

27.
Que ta porte est belle, et splendide ta demeure, du haut de laquelle tu contemples ta création.

Innombrables les sons joués par les musiciens. Innombrables les mesures et accords, et innombrables les ménestrels. Le vent, l'eau et le feu chantent ta gloire.

Le Seigneur de la loi chante à ta porte. Vers Toi chantent Chitra et Gupta, qui inscrivent nos bonnes et mauvaises actions, et en informent le Seigneur de la loi, afin qu'il puisse juger.

Vers Toi chantent Shiva, Brahma et la déesse Parvati, rendue si gracieuse par tes soins. Vers toi chante aussi Indra, assis sur son trône, à ta porte, entouré de ses déités.

Vers toi chantent les siddhas, en profonde méditation, ainsi font les saints dans leur contemplation. Vers toi s'élève le chant des ascètes, des justes, des bienheureux, aussi bien que celui des héros indomptables.

Vers toi s'adresse encore le chant des pandits et des rishis qui récitent d'âge en âge les hymnes des Védas.

Vers toi s'adresse le chant des nymphes célestes qui enchantent les cœurs, dans le ciel, sur la terre et dans les régions inférieures.

Vers toi chantent les joyaux que tu as créés, de même que les soixante-huit lieux de pèlerinage.

Vers toi s'élève le chant des valeureux guerriers, et celui de tous les êtres provenant des quatre sources de création.

Vers toi chantent les continents, les mondes et innombrables systèmes solaires qui ont été créés et sont maintenus par toi.

Tous ceux qui te plaisent te chantent; tes saints emplis d'amour sont noyés dans ton Verbe.
Tant d'autres sont encore là pour te chanter et qu'on ne peut tous nommer, comment pourrais-je les prendre tous en considération ?

Lui et lui seul est le Vrai Maître éternel. Il est Vérité et Vrai est son Verbe Saint. Il est et existera à jamais et pour toujours, Lui qui a créé toute la création, restera après la destruction de celle-ci.

Lui qui a créé la nature avec ses innombrables couleurs et formes, continue de créer de nombreuses espèces. Il contrôle toute sa création et tous les êtres de la manière dont cela plaît à sa grandeur. Il ne fait seulement que ce qu'il lui plaît.

Personne ne peut jamais rien lui dire. Il est le Roi des rois, le Seigneur tout-puissant, et notre rôle est de nous soumettre à sa volonté.


28.
Ô amoureux de la Vérité, que le contentement soit vos boucles d'oreilles, l'humilité votre bol de mendiant, la méditation constante sur Dieu*, les cendres qui couvrent votre corps**.

Que la préparation à la mort soit votre habit, et que votre corps reste aussi pur que celui d'une vierge. Que votre foi en le Seigneur soit votre bâton de pèlerin, que votre plus haute spiritualité consiste à vous élever à la fraternité universelle, et que la maîtrise de votre mental soit votre victoire sur le monde.

Gloire, gloire à lui seul, l'Être Premier, pur, sans commencement et sans fin, le Seigneur indestructible qui est le même depuis toujours.

* La méditation constante sur Dieu n'est possible que s'il ne s'agit pas d'une méditation profonde, telle celle que l'on fait assis sur son coussin de méditation. La méditation constante sur Dieu est le Service, un des trois piliers de La Voie. Lao-Tse parlait du « non-agir », dans le Tao-Te-King, dans le chant du bienheureux (Bhagavad-Gîtâ) il est question aussi du service. C'est une méditation grâce à une technique « portable ». les bouddhistes ont la « respiration-consciente ».
** Ici il est fait allusion aux Saddhus, en Inde, qui sont des sortes d'ascètes errants dont le corps est recouvert de cendre.


29.
Que la Connaissance* soit votre pain, que la compassion devienne votre serviteur. 
 
Soyez à l'écoute de la musique divine** qui résonne en vous et dans tous les cœurs.

Il est le Seigneur Unique, régnant sur toute la création, selon sa volonté.

Le désir de posséder fortune et pouvoirs occultes égare les amoureux de la Vérité, les pratiquants mystiques.

Il gouverne les principes d'union et de séparation, réglant les affaires du monde et déterminant la destinée de l'homme.

Gloire, gloire à lui seul, l'Être Premier, pur, sans commencement et sans fin, le Seigneur indestructible qui est le même depuis toujours.

* Il est encore, et toujours, ici question de la Connaissance non-apprise, celle venue de la méditation profonde et de la pratique assidue d'une voie spirituelle authentique (qui remette en cause les certitudes que l'on a sur les choses et notre vanité).
** Sur La Voie, la même que pratiquait guru Nanack, il y a une des techniques de méditation (une des quatre) qui permet d'entendre, d'écouter cette musique en soi (Shambhavi Mudra). Un des trois singes de la sagesse symbolise cette technique en ayant ses mains sur ses oreilles. 
 

30.
On dit de Mâyâ*, la Divine Mère, qu'elle donna naissance à trois dieux**. L'un chargé de créer, l'autre de préserver, et le troisième de détruire.

Ils agissent selon la volonté du Tout, obéissant avec exactitude à sa volonté. Gloire, gloire à Lui seul, l'Être Premier, pur, sans commencement et sans fin, le Seigneur indestructible qui est le même depuis toujours.

* Un des sens du mot, peu connu, est celui de la mère divine qui serait à l'origine de toute la création.
** C'est une référence à la Trimurti hindouiste, avec Brahmà, Vishnou et Shiva.


31.
Dieu réside dans tous les plans de la création, dans lesquels Il a placé des trésors qui restent là, immuables, inépuisables, chacun recevant selon sa volonté.

Ayant tout créé, il contrôle tout. Ses œuvres sont vraies comme il est vrai.

Gloire, gloire à lui seul, l'Être Premier, pur, sans commencement et sans fin, le Seigneur indestructible qui est le même depuis toujours.


32.
Si ma langue devait se multiplier cent mille fois, et si ces cent mille fois devaient se multiplier encore par vingt, aucune d'entre elles ne pourrait dire le Saint-Nom du Seigneur qui se répète seul. Heureux celui qui sait l'entendre et l'écouter tout au long de sa vie.

En suivant cette voie, on s'élève graduellement, jusqu'à ce que l'on soit uni à Son Verbe.

Entendant la musique des pères célestes, même les vers de terre aspirent à monter vers Dieu.

Mais ce n'est que par sa grâce que les êtres atteignent leur libération. Ceux qui pensent ou qui disent autrement ne sont que de vains menteurs.


33.
Nous n'avons le pouvoir, ni de parler, ni de nous taire. Nous n'avons le pouvoir, ni de demander, ni de donner. Nous n'avons le pouvoir, ni de mourir, ni de vivre.

Nous n'avons le pouvoir, ni d'acquérir des richesses, ni d'éclairer notre esprit. Nous n'avons le pouvoir, ni d'éveiller notre âme, ni de nous libérer des liens de ce monde.

Lui seul a le pouvoir de nous montrer le chemin. Personne n'est élevé ni abaissé, si ce n'est par sa Grâce.


34.
Il créa le jour et la nuit, les mois et les saisons, l'air, l'eau le feu. Puis il plaça la terre en tant que place d'accomplissement du devoir (Dharma).

Il la peupla de nombreuses créatures aux couleurs et aux formes variées, dont les noms sont innombrables et infinis, et qui sont toutes traitées selon leurs actes, car vrai est le Seigneur, et vraie est son harmonie.

Ceux qui y participent profitent de sa Grâce. C'est là que ceux qui sont prêts se distinguent de ceux qui ne le sont pas. C'est là que la Vérité se fait jour.


35.
Telle est la vie dans le monde des actes dont on doit s’acquitter. Voyons maintenant le royaume de la Connaissance.

Innombrables sont les éléments, air eau et feu, innombrables les esprits éveillés, Innombrables les formes aux couleurs multiples et la beauté créés par les forces du Seigneur.

Innombrables les champs d'activités et les montagnes d'or, innombrables les disciples, les dévots qui y reçoivent ses instructions.

Innombrables les soleils et les lunes, et innombrables les régions terrestres et stellaires.

Innombrables les parfaits, les éveillés et les initiés, et innombrables les déités et les sages, et innombrables les joyaux étincelants reposant au fond des océans.

Innombrables les formes de vie et leurs différents langages, et innombrables les lignées de rois. Innombrables les adorateurs du Verbe et les serviteurs de Dieu. Ce Royaume est sans limites.


36.
Dans le royaume de la Connaissance, tout est illuminé de sagesse divine. On y entend la Musique céleste*. La joie et la félicité suprêmes règnent.

Puis l'on pénètre dans le royaume de l'extase, où le Verbe devient un ravissement. Là, tout y est si merveilleusement beau, que ceux qui ont essayé de le décrire s'en sont bien vite repentis.

Ici se développe la spiritualité, ici se font les sages et les éveillés.

* Cette musique peut être entendue en pratiquant une technique de méditation dédiée, une des quatre révélées sur La Voie. Elle est nommée « Nada » et la technique qui permet de l'entendre est nommée « Nada-yoga ».


37.

Puis vient le Royaume de la Grâce où le pouvoir du Verbe, seul, prévaut. Là résident les plus braves des braves, les conquérants du mental, qui débordent d'amour pour Dieu.

Là résident les grands dévots comme Sita, illuminés de beauté et de gloire ineffable. Ils vivent au-delà de la mort et de l'illusion, ceux dont le cœur est rempli de Dieu.

Là résident les dévots de tous les coins du monde, le visage complètement épanoui de joie, Dieu habitant perpétuellement leur esprit.

Le Royaume de la Vérité, est le siège de l'Unique sans-Forme et en toutes les formes*. C'est de là qu'Il observe sa création, et là où Il regarde, naît le contentement.

Ici existent les mondes, les galaxies et les sphères célestes que personne ne peut compter, et dont personne ne peut définir les limites. De là jaillissent des mondes et des mondes de création, tout cela sortant de son sein, soumis à sa volonté**.

Le Seigneur regarde tout et sa contemplation le réjouit. Essayer de décrire ce Royaume est quelque chose d'impossible à réaliser.

* Le Tao, pour Lao-Tse qui enseignait la même spiritualité.
** La Volonté de Dieu est sa force quand elle créé et maintient la vie de toute la Création. Dans le Tao-Te-King il est question de cette force en action créatrice comme « la vertu du Tao ». Sur La Voie on parle du Saint-Nom ou Verbe. 
 

38.
Que la chasteté* devienne ton brasier, la patience ta forge, le sens commun ton enclume, et la Connaissance divine ton marteau. Que la peur de Dieu soit ton soufflet, qui embrasera le feu de la sobriété, et dans le creuset de la dévotion, tu fondras le doux Nectar**.

C'est dans une telle fonderie que l'homme est transformé en Verbe, mais seuls ceux qui bénéficient de sa Connaissance réussissent sur cette voie.

Celui qui a conscience de la Grâce est empli d'une paix éternelle.

* Ce conseil s'adresse aux moines et moniales, aux dévots qui vivent dans un ashram et qui ont prononcé des vœux, dont celui de chasteté.
** Le Nectar coule en nous et il existe une technique de méditation ancestrale (une des quatre de La Voie) qui permet de goûter et/ ou de sentir ce Nectar (Khechari-Mudra ou « sceau de l'oiseau »).


Épilogue

L'air est le Guru, l'eau est le père, et la terre est la mère.

Le jour et la nuit sont les deux nourrices sur les genoux desquelles se déroule le jeu du monde. 
 
Nos actions, bonnes ou mauvaises nous seront comptées et nous seront placés, en fonction de ce que nous serons devenus à cause d'elles, soit proches du Seigneur soit loin de sa présence.

Ceux qui ont communié avec le Verbe* n'ont plus de fardeau à supporter. Leur visage resplendit de joie et de lumière et nombreux sont ceux qui, grâce à eux, gagnent leur liberté.

* Verbe ou Saint-Nom. Communier avec le Verbe est « méditer sur le Saint-Nom », que ce soit en méditation formelle ou active, dans le Service, ou, comme disait Lao-Tse, dans le « non-agir ».